La saison du Canadien ne décollait déjà pas vraiment, et la perte du capitaine Nick Suzuki pour possiblement un mois place maintenant l’équipe devant une montagne qui paraît presque impossible à gravir sans renforts. C’est le constat dressé par le chroniqueur Jean-Charles Lajoie dans sa chronique « St-Louis à la croisée des chemins », publiée vendredi par TVA Sports et le Journal de Montréal : l’entraîneur-chef arrive à un véritable carrefour de son parcours à Montréal.
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S’appuyer sur la structure défensive

Heureusement, la structure défensive à égalité numérique s’installe de mieux en mieux, et c’est sur cette base que le Tricolore devra s’appuyer pour espérer gagner des matchs à faible pointage : limiter les erreurs et neutraliser les principales menaces adverses. Individuellement, certains éléments clés produisent au rythme attendu — c’était le cas de Suzuki avant sa blessure, même si ses espoirs d’établir un nouveau sommet personnel semblent compromis. Cole Caufield et Lane Hutson pourraient atteindre leurs objectifs offensifs, surtout si l’équipe trouve un centre capable d’alimenter Caufield, et Zachary Bolduc semble bien placé pour hausser sa production. Josh Anderson, lui, sent la bonne affaire à l’approche de la fin de son contrat, avec la hausse substantielle du plafond salarial.
Le portrait se complique
Après ces motifs d’optimisme, le portrait se complique. On ne peut reprocher à Phillip Danault ses deux passes en neuf matchs — le vétéran demeure souvent un rouage important de la création offensive. Le cas de Jake Evans est plus préoccupant : toujours sans point, il affiche un différentiel de -5. À la ligne bleue, Mike Matheson et Kaiden Guhle n’ont qu’une seule passe chacun en cinq rencontres — c’est insuffisant. Quant à Noah Dobson, il ne pourra jamais justifier les sommes investies par Jeff Gorton et Kent Hughes s’il n’offre pas des saisons de 40 à 45 points : après neuf matchs, il ne compte que deux passes.
Des unités spéciales problématiques
L’avantage numérique est décrit comme une véritable risée, qui ne fait peur à aucun adversaire malgré le talent offensif du Canadien. Le désavantage numérique n’offre guère plus de réconfort : trop souvent, il permet aux attaquants adverses de gonfler leurs statistiques, alors que la fameuse profondeur tant vantée devrait justement servir à éteindre les menaces à court d’un homme. Ajoutez une indiscipline difficile à expliquer, et vous obtenez une équipe qui semble convaincue d’être au-dessus de ses affaires partout… sauf au classement.
Pédagogue ou « hard coaching » ?
Dans ce contexte, une question apparaît légitime : l’entraîneur-chef partage-t-il cette même perception ? Martin St-Louis a rapidement haussé le ton durant les entraînements cette saison et, dès le tournoi de golf, il a imposé pour la première fois des objectifs élevés à son groupe. Sans appuyer sur le bouton de panique, il aurait intérêt à égratigner certaines de ses relations dans le vestiaire — après tout, entraîner une équipe de hockey n’a rien d’une campagne électorale. Personne ne nie son apport depuis son arrivée : il a joué un rôle déterminant dans l’avancement de la reconstruction et changé la trajectoire de plusieurs joueurs, Caufield en tête. Mais peut-il mener un jour cette équipe vers la Coupe Stanley en demeurant l’extraordinaire pédagogue qu’il a toujours été, ou devra-t-il emprunter la voie plus rugueuse du hard coaching ? Le Canadien n’est plus le jeune groupe en apprentissage qui profitait d’une certaine indulgence : c’est désormais une équipe qui affiche de grandes ambitions — avec ou sans son joueur de 101 points, le capitaine Nick Suzuki.
Source : TVA Sports — Jean-Charles Lajoie, « St-Louis à la croisée des chemins » (aussi publié par le Journal de Montréal)

