C’est le genre de débat de luxe que les partisans du Canadien n’ont pas eu depuis l’époque de Carey Price : qui gardera le filet du Tricolore pour la prochaine décennie?
D’un côté, Jakub Dobes, 25 ans, déjà établi comme gardien numéro un. De l’autre, Jacob Fowler, 21 ans, considéré par plusieurs comme le meilleur espoir à sa position dans tout le hockey. Analysons le dossier.
Dobes : l’homme du présent
Rappelons-nous d’où il vient. Après un mois de novembre difficile, Dobes a consulté un psychologue sportif, le CH a promu l’entraîneur des gardiens Marco Marciano — et tout a changé. Nommé partant officiel après la pause olympique de février, il a compilé un dossier de 27-7-2 avec une efficacité de ,911 et une moyenne de 2,49 en 36 matchs (en excluant novembre).
Et en séries? ,909 d’efficacité, 2,66 de moyenne, et un parcours jusqu’en finale de l’Association Est. Pas pire pour un gars de 25 ans.
Le chiffre qui impressionne le plus : 37 victoires à ses 60 premiers matchs dans la LNH, le 4e plus haut total de l’histoire du Canadien — derrière Bill Durnan, Ken Dryden et George Hainsworth, mais devant Carey Price, Jacques Plante et Georges Vézina à pareille étape. Rien que ça.
Kent Hughes y a cru aussi : prolongation de trois ans à 5,3 millions $ par année à compter de 2027-28. Ça fera de lui le 20e gardien le mieux payé de la ligue. Une aubaine, surtout qu’il termine présentement une entente à 965 000 $. Et il a ouvert la saison 2026-27 avec 26 arrêts et une efficacité de ,929 contre Toronto. Le message est clair : le filet, c’est le sien.

Fowler : le plafond le plus élevé
Mais voilà : le meilleur espoir gardien du hockey s’appelle Jacob Fowler, et il appartient au Canadien.
Choix de 3e ronde (69e au total) en 2023, Fowler a été classé premier espoir gardien de la LNH par Steven Ellis (Daily Faceoff), qui n’a pas hésité à le comparer à un jeune Carey Price : « le gardien le plus talentueux du CH depuis près de 20 ans ». L’an dernier : 9-6-2, 2,43 de moyenne et ,908 d’efficacité en 17 matchs, plus un aperçu en séries éliminatoires.
Cet été, il a grandi (6 pieds 2 maintenant) et perdu une dizaine de livres en travaillant avec les nutritionnistes de l’équipe. Le sérieux est là.
Pourquoi est-il à Laval alors? Parce qu’à 21 ans, il doit jouer. Samuel Montembeault — dans la dernière année de son contrat — a été parfait au camp (27 arrêts sur 27 en pré-saison) et a gagné le poste d’adjoint. Le CH préfère voir Fowler dominer dans la Ligue américaine que de le voir cirer le banc à Montréal. Et quand Montembeault s’est blessé à l’entraînement début octobre, c’est Fowler qu’on a rappelé. Le plan est clair.

Le verdict : arrêtez de choisir
La vraie réponse à « Dobes ou Fowler », c’est : les deux.
Dobes, 25 ans, est le présent — un partant prouvé en séries, sous un contrat d’aubaine pour trois ans après cette saison. Fowler, 21 ans, est l’avenir — le plafond le plus élevé, qui cogne déjà à la porte.
Le Canadien pourrait se retrouver avec un duo de gardiens d’élite pour les cinq prochaines années. La vraie question n’est pas « qui », mais « quand » : quand Fowler sera-t-il prêt à prendre le filet à temps plein? Et quand ce moment viendra — dans deux ou trois ans — le CH devra peut-être faire un choix déchirant… ou profiter du meilleur problème qu’une équipe peut avoir.
D’ici là, profitez-en. Ça fait longtemps que le CH n’a pas eu ça.

