Le Canadien s’apprête à redécouvrir une réalité qu’il n’a pas connue depuis longtemps : jouer sans Nick Suzuki. Dans un texte publié jeudi à La Presse, Guillaume Lefrançois rappelle que la dernière expérience du genre remonte au 6 avril 2019, un gain de 6-5 contre les Maple Leafs de Toronto — le dernier match du Tricolore sans le numéro 14 dans l’effectif. De l’équipe actuelle, seul Phillip Danault avait pris part à ce match… et il ne s’en souvenait même pas.
Le capitaine ratera de deux à quatre semaines d’activité en raison d’une blessure au haut du corps, a annoncé le club jeudi matin. « Une grosse perte, c’est sûr. Il fait de tout sur la glace. Il a gagné le Selke, il a l’équipe à cœur, il a marqué beaucoup de gros buts, a énuméré Danault après l’entraînement de jeudi. On va être testés solide. » « C’est nul, évidemment. C’est un des éléments les plus importants de cette équipe », a ajouté Juraj Slafkovsky.
Les chiffres montrent l’ampleur du vide : auteur de 101 points la saison dernière et sacré meilleur attaquant défensif du circuit, Suzuki compte 12 points en 9 matchs cette saison, avec un temps de jeu de 21 min 47 s par match — le cinquième rang chez les attaquants de la LNH — et un taux de succès de 53,8 % aux mises en jeu, le meilleur de sa carrière jusqu’ici.
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La chance de Kapanen

C’est Oliver Kapanen qui hérite de la première chance. Le centre de 102 matchs d’expérience dans la LNH devrait piloter le premier trio vendredi, contre les Blackhawks à Chicago (20 h, RDS et TSN). À l’entraînement de jeudi, il patinait entre Slafkovsky et Cole Caufield, et il s’est même joint à eux au sein de la première unité de l’avantage numérique.
Interrogé sur le caractère invraisemblable de la situation, Kapanen a répondu avec le sourire : « En quelque sorte, oui ! Je vais le prendre, et je vais faire de mon mieux pour garder ma place là. » Sur son rôle entre les deux ailiers : « Je dois leur faire de la place, attirer les défenseurs vers la bande, faire des jeux. Slaf peut protéger la rondelle avec son gros gabarit. Cole, avec son tir et sa vitesse, cadre bien là-dedans. »
Slafkovsky, qui a joué une bonne moitié de la dernière saison avec Kapanen — et Ivan Demidov comme troisième membre de l’unité —, le décrit ainsi : « Il est bon des deux côtés de la rondelle. Il est intelligent, gagne les mises au jeu et fait la besogne sale. » La présence de Kapanen sur la première vague de l’avantage numérique est le changement le plus surprenant, mais Martin St-Louis l’assume : « Il a toujours eu un potentiel offensif. Ce n’est pas sa première fois en avantage numérique. Mais avec les blessés, il fallait jongler avec ça et on pense que ça peut nous aider. Il a un bon tir et il est très prévisible. » Le défi est de taille : des 175 buts de Caufield en carrière, plus de la moitié — 90 — ont été marqués sur une passe de Suzuki.
Profondeur testée
Suzuki a semblé se blesser en fin de match mardi, en bloquant un tir du défenseur Michael Kesselring ; de retour au banc, il se secouait la main gauche, et il n’a pas rencontré les médias après la rencontre, l’équipe invoquant des traitements.
Sa séquence de matchs consécutifs s’arrêtera donc à 546 — la deuxième plus longue parmi celles en cours dans la LNH, derrière les 1017 de Brent Burns, et la 20e de l’histoire du circuit. Suzuki a aussi disputé les 56 matchs de séries de son équipe depuis son arrivée dans la LNH.
Derrière lui, Danault, Alex Newhook et Jake Evans se sont partagé l’essentiel de la tâche au centre jusqu’ici ; Kapanen, surtout employé au centre l’an passé, jouait à l’aile depuis son retour au jeu, jusqu’à sa promotion surprise de jeudi matin. L’hécatombe est réelle : Suzuki, Demidov et Mike Matheson sont tous sur la touche, alors que l’an dernier, Suzuki, Caufield, Slafkovsky, Demidov, Lane Hutson et Noah Dobson avaient tous joué 80 matchs ou plus — 78 pour Matheson.
Et Kirby Dach ? Même avec deux attaquants du top 6 blessés, il patinait encore au sein du quatrième trio jeudi, sans place sur les unités d’avantage numérique. La conclusion de Lefrançois est sans détour : « Si, dans ces circonstances, il n’est pas appelé à jouer un plus grand rôle, difficile de voir comment il y arrivera dans cette organisation. »
Demidov pas dans l’avion
Le Canadien a rappelé l’attaquant Owen Beck du Rocket de Laval, mais Ivan Demidov n’accompagnera pas l’équipe pour le voyage de quatre matchs qui s’amorce vendredi. Le 6 octobre, le club annonçait une absence de deux à quatre semaines pour le Russe : il mettra donc, au mieux, le temps maximal prévu à l’origine avant de revenir au jeu. Il n’a pas été aperçu sur la patinoire jeudi.
Mike Matheson, lui, a de nouveau pris part à un entraînement complet. En avantage numérique, c’est toutefois Adam Engström qui s’exerçait avec la deuxième unité — ce qui laisse croire que Matheson ne sera pas prêt pour vendredi, sans que rien n’ait été confirmé en ce sens.
Dobes sans remords
Devant le filet, Jakub Dobes est revenu sur la pénalité qu’il a écopée en prolongation mardi, pendant laquelle les Sharks ont marqué le but gagnant d’une victoire de 4-3. Le mot « erreur » ne lui plaît pas : « Je n’utiliserais pas le mot « erreur ». Évidemment, je ne veux pas prendre de pénalité en prolongation. Mais on était sous pression, on avait des gars fatigués qui voulaient changer. Je voulais aider l’équipe et malheureusement, ça nous a fait mal. »
Malgré des statistiques en deçà des attentes (moyenne de 4,47, efficacité de ,847), le gardien dit ne pas s’attarder aux critiques en ligne : « La foule applaudit encore. Les vrais partisans, ceux dans l’aréna, dans la rue, me soutiennent beaucoup et je l’apprécie. Tout ce qui est en ligne, ce n’est pas vrai. Cette année, j’ai appris à me concentrer sur ce qui compte réellement. »

